La Commission européenne a infligé à Temu une amende de 200 millions d'euros le 28 mai 2026, pour manquement au Digital Services Act (DSA). C'est la troisième sanction lourde de l'année visant une plateforme chinoise en Europe, après les 550 millions d'euros infligés à AliExpress et les 22,5 millions d'euros de la DGCCRF contre Shein. Le motif, cette fois, ne porte pas sur un produit ou une pratique commerciale précise, mais sur la manière dont Temu évalue les risques de sa propre plateforme.
Ce que la Commission reproche concrètement
La conclusion de la Commission est sans détour : les consommateurs de l'UE sont très susceptibles de rencontrer des articles illégaux sur Temu, selon les termes mêmes de la décision.
- L'évaluation des risques de Temu s'appuyait sur des données génériques concernant le secteur du e-commerce dans son ensemble, pas sur des preuves spécifiques à son propre service.
- L'enquête a montré des taux d'échec élevés sur des tests de sécurité portant sur des chargeurs et des jouets pour bébé.
- Temu n'a pas correctement évalué comment ses systèmes de recommandation et ses programmes de mise en avant de produits pouvaient amplifier la diffusion d'articles illégaux.
DSA, GPSR, DGCCRF : ne pas confondre les guichets
Cette amende sanctionne une obligation de plateforme, le DSA, qui encadre la gestion des risques systémiques par les grandes plateformes en ligne, pas une infraction produit par produit. C'est une logique différente de celle du GPSR, qui vise directement la sécurité de chaque produit, ou des contrôles de la DGCCRF sur le terrain. Une plateforme peut être en règle sur l'un et fragile sur l'autre, et ces trois logiques de contrôle progressent en parallèle depuis le début de l'année en Europe.
Ce que ça change pour un vendeur qui sourcing en Chine
Directement, rien d'automatique : cette amende vise Temu en tant que plateforme, pas les vendeurs tiers qui y opèrent. Mais elle confirme une tendance de fond qui, elle, concerne tout le monde : les autorités européennes resserrent leurs contrôles sur les produits venus de Chine, quel que soit le canal de vente. Un vendeur qui passe par une marketplace scrutée de près a plus de chances de voir ses fiches produits auditées, ses certificats demandés, ou ses annonces retirées sans préavis en cas de doute.
Ça vaut aussi pour les vendeurs qui vendent sur Amazon, eBay, Cdiscount ou en direct via Shopify : la pression ne disparaît pas parce qu'on ne s'appelle pas Temu. S'assurer que chaque produit sourcé porte les bonnes certifications, CE, RoHS, REACH selon la catégorie, reste la meilleure protection, indépendamment de la marketplace concernée.
Temu a la possibilité de contester la décision devant la justice européenne. Pour les vendeurs qui sourcent en Chine, la bonne réaction n'est pas d'attendre l'issue du recours, mais de vérifier que leurs propres produits tiennent la route sur le fond : c'est ce qu'un agent de sourcing sérieux vérifie avant l'expédition, pas après qu'un contrôle ait posé la question.


