Depuis le 1er juillet 2026, tout article importé hors UE d'une valeur inférieure à 150 € est soumis à un droit de douane fixe de 3 €, qui a remplacé l'ancienne exonération de minimis. Deux mois après l'entrée en vigueur, les premiers chiffres de recettes réelles commencent à tomber. Et ils donnent une idée assez nette de l'ampleur du phénomène.
223 millions d'euros en deux mois, rien que côté belge
D'après les chiffres communiqués début septembre par l'administration des douanes belges, le pays a traité pour 223 millions d'euros de droits de douane sur les petits colis depuis le 1er juillet, soit une moyenne d'environ 32 millions d'euros par semaine. Kristian Vanderwaeren, administrateur général des Douanes, l'explique en partie par un effet mécanique : « Les gens commandent en plus grande quantité ou pour des montants plus conséquents », un comportement qui limite la baisse du nombre de colis taxés malgré la hausse du prix payé par article.
Ce montant s'explique aussi par le rôle particulier de la Belgique dans le circuit : l'aéroport de Liège, qui concentre une part importante du trafic de colis chinois entrant en Europe (voir notre article sur les contrôles renforcés à Liège), traite une part disproportionnée des déclarations douanières par rapport au poids démographique du pays.
75 % pour le budget européen, 25 % retenus par l'État qui collecte
Le mécanisme de répartition, précisé par la Commission européenne, prévoit que 75 % des recettes alimentent le budget de l'UE, les 25 % restants étant retenus par l'État membre qui a physiquement traité la déclaration douanière. Pour la Belgique, ça représente environ 55,75 millions d'euros conservés sur les 223 millions collectés, le reste partant vers Bruxelles. Le ministre des Finances Jan Jambon a résumé l'enjeu : « Le droit de douane est la première étape pour redonner le contrôle aux douanes à nos frontières ».
Ce que ces chiffres disent pour les vendeurs qui sourcent en Chine
Ces montants confirment ce que d'autres indicateurs montraient déjà : la taxe est effectivement appliquée à grande échelle, et elle a modifié en profondeur les volumes d'importation de petits colis depuis la Chine. Pour un vendeur marketplace ou Shopify, le message reste le même depuis juillet : mieux vaut regrouper ses commandes via un entrepôt plutôt que de multiplier les envois unitaires taxés à l'article. C'est justement le principe retenu par OrderBridge, où les commandes partent groupées depuis l'entrepôt de Shenzhen, aussi bien pour les vendeurs marketplace que pour le modèle Relay dédié à Shopify.
Deux mois de recul, ce n'est pas encore un bilan définitif, et Jan Jambon le reconnaît lui-même. Mais les montants en jeu, plus de 220 millions d'euros pour la seule Belgique, donnent une échelle très concrète à une réforme qui, sur le papier, ne semblait viser qu'un prélèvement symbolique de 3 € par article.

