Le connaissement maritime, bill of lading en anglais, est un document qu'on retrouve sur toutes les commandes qui voyagent en conteneur depuis la Chine, mais que peu de vendeurs lisent vraiment avant le jour où leur marchandise reste bloquée au port. Il remplit trois fonctions à la fois : c'est un reçu de la marchandise embarquée, la preuve du contrat de transport, et surtout un titre de propriété négociable, le seul document qui permet de réclamer la marchandise à l'arrivée.
Le connaissement original : le format par défaut, et son piège
Par défaut, la compagnie maritime émet plusieurs connaissements originaux, en général trois, et c'est l'un d'entre eux qu'il faut présenter physiquement au port d'arrivée pour récupérer le conteneur. Le problème, c'est que sur un trajet Chine-Europe de 30 à 40 jours, le papier original doit aussi voyager, par courrier ou par coursier international, et il arrive qu'il prenne du retard sur le bateau lui-même. Résultat : le conteneur attend au port, sans que personne ne puisse le récupérer, et les frais de stockage de type demurrage ou detention commencent à courir pendant que tout le monde attend un bout de papier.
Le telex release : la solution la plus utilisée
Pour éviter ce décalage, l'expéditeur peut restituer l'original au bureau de la compagnie maritime au port de départ, une fois la marchandise chargée. La compagnie transmet alors une instruction à son agent au port d'arrivée, historiquement par télex, aujourd'hui plutôt par e-mail ou système interne, pour autoriser la remise de la marchandise sans exiger le papier original. C'est devenu le réflexe sur la plupart des envois Chine-Europe, surtout quand la relation entre le fournisseur et l'acheteur est déjà établie, et ça évite l'essentiel des blocages liés au courrier.
Le seaway bill : pas d'original du tout
Le seaway bill va plus loin : aucun original n'est émis dès le départ. Le document nomme directement le destinataire, qui récupère sa marchandise en justifiant simplement son identité, sans rien restituer puisqu'il n'y a jamais eu de titre négociable. C'est plus simple, mais avec une limite réelle : contrairement à un connaissement original, un seaway bill ne peut pas être cédé ou revendu en cours de transport, et il ne convient pas si le paiement passe par une lettre de crédit, où la banque exige en général la présentation d'un original négociable parmi les documents.
Lequel demander, concrètement
Pour la majorité des vendeurs qui travaillent avec un agent de sourcing ou un transitaire de confiance, le telex release ou le seaway bill suffisent largement, et évitent le risque de courrier perdu ou en retard. L'original garde un intérêt surtout dans deux cas : un paiement par lettre de crédit, ou une relation encore récente où la marchandise doit pouvoir être cédée à un tiers tant qu'elle est en mer. Dans tous les cas, mieux vaut trancher la question avant l'expédition, pas une fois le conteneur déjà arrivé à quai, et suivre l'avancement de votre colis pour anticiper ce genre de blocage avant qu'il ne coûte cher.
C'est précisément le genre de blocage évitable qui transforme une commande rentable en commande qui coûte des frais de stockage imprévus. Le format du connaissement se décide à la réservation du fret, avec votre transitaire, pas une fois le bateau parti.


