Depuis le 1er juillet, le nouveau droit de douane européen de 3 euros par article a fait chuter le fret aérien e-commerce entre la Chine et l'Europe, un effondrement déjà documenté sur ce site à travers les chiffres globaux de capacité et de tarifs. De nouvelles données publiées début septembre par le cabinet Rotate, reprises par plusieurs médias spécialisés du secteur, permettent cette fois de voir aéroport par aéroport où le choc a été le plus violent, et où il a été largement absorbé.
Madrid, Budapest, Liège : des baisses de capacité très inégales
Sur la période juin-août 2026, la capacité fret des vols directs Chine-Europe a reculé d'environ 28 % par rapport à juin, mais cette moyenne cache des écarts énormes selon les hubs.
- Madrid : -78 % de capacité
- Ürümqi (côté chinois) : -72 %
- Budapest : -58 %
- Liège : -35 %
- Hong Kong (côté chinois) : -28 %
Le volume recule aussi, mais différemment selon les indicateurs
Les exportations chinoises de produits à faible valeur vers l'Europe ont chuté de 25 % sur un an en juillet selon Xeneta, tandis que Rotate mesure une baisse de 24 % de la demande e-commerce entre juin et juillet. À Liège, plateforme longtemps considérée comme l'un des poumons du e-commerce chinois en Europe, les colis ont reculé de 24 % sur un an et de 41 % par rapport au seul mois de juin, et les déclarations douanières de 52 % sur un an. Fait notable : les colis d'une valeur supérieure à 150 euros, eux, ont progressé de 10 % à Liège sur la même période, comme si le marché se recomposait autour d'envois de plus grande valeur plutôt que de disparaître purement et simplement.
À Francfort, hub plus généraliste, le tonnage en provenance de Chine a reculé de 16,5 % en juillet, mais le tonnage à destination de la Chine a progressé de 10,5 % et le volume total de l'aéroport n'a reculé que de 0,9 %, la preuve qu'un hub moins dépendant du seul e-commerce chinois encaisse beaucoup mieux le choc.
Pourquoi un tel écart entre aéroports
La différence tient largement à la spécialisation de chaque hub avant la réforme. Madrid, Budapest et Liège s'étaient largement construits, ces dernières années, autour du trafic massif de petits colis à faible valeur en provenance de Chine, porté notamment par les grandes plateformes chinoises. Une fois ce flux taxé à l'unité et donc moins avantageux, ces aéroports ont mécaniquement perdu une grande partie de leur activité. Francfort ou Hong Kong, qui traitent un mix plus large de marchandises (industrie, pharmaceutique, fret classique), ont beaucoup mieux résisté. Les tarifs spot, eux, se sont stabilisés autour de 3,85 dollars le kilo en août, en légère baisse de 6 % par rapport à juillet, signe que le marché cherche un nouvel équilibre plutôt que de s'effondrer davantage.
Ce que ça change concrètement pour vos envois
Cette photographie hub par hub concerne le fret aérien classique, pas le circuit utilisé pour les colis express type SF Express, YunExpress ou 4PX sur lequel reposent les délais annoncés par OrderBridge. Mais elle donne une idée assez nette de la recomposition en cours : les corridors qui vivaient uniquement du petit colis à bas coût sont ceux qui souffrent le plus, ce qui devrait continuer à peser sur les prix et les délais de ce type d'envoi pendant encore plusieurs mois. Pour suivre l'avancement d'un envoi en cours plutôt que de se fier aux estimations générales du secteur, l'outil de suivi de colis reste le point de passage le plus fiable.
