Depuis des mois, on parle de l'effet du nouveau droit de douane européen sur les géants chinois du e-commerce à coups de chiffres d'audience et de volumes de colis. Cette fois, ce sont les comptes de Shein eux-mêmes qui parlent. Les résultats du deuxième trimestre 2026, rapportés le 28 septembre par Reuters puis repris par plusieurs médias économiques, montrent un recul net des ventes en Europe et une rentabilité en forte baisse.
Et le détail le plus intéressant, c'est le calendrier : cette baisse a eu lieu avant même que le droit de 3 € n'entre en vigueur.
Les chiffres du trimestre
- Chiffre d'affaires total : 11,08 milliards de dollars sur le trimestre clos le 30 juin, quasiment stable sur un an.
- Ventes en Europe : 3,77 milliards de dollars, en baisse de 13,9 %.
- Ventes aux États-Unis : 2,5 milliards de dollars, en baisse de 6 %.
- Marge nette : 2,1 %, contre 6,2 % un an plus tôt, soit un bénéfice en recul d'environ deux tiers (67 %) sur un an.
Une baisse qui précède le droit de 3 €
Le trimestre analysé s'arrête au 30 juin. Or le droit fixe européen sur les colis de moins de 150 € ne s'applique que depuis le 1er juillet 2026. Selon les explications rapportées par Reuters, Shein a relevé ses prix et réduit ses dépenses publicitaires en ligne en anticipation de ces frais, et ce sont ces deux décisions qui ont fait baisser les volumes en Europe.
Le mécanisme du droit explique pourquoi l'anticipation a été si forte : il est dû pour chaque catégorie d'article (chaque code douanier) présente dans le colis. Une commande qui contient cinq types de produits différents peut donc supporter jusqu'à 15 € de droits. Pour un modèle économique bâti sur des paniers de petits articles très bon marché, l'addition grimpe vite. Nous avions détaillé le fonctionnement de ce droit de douane de 3 € sur les petits colis dès son entrée en vigueur.
Le plus dur reste à venir pour Shein
Shein a lui-même prévenu que le second semestre s'annonçait incertain. Logique : le troisième trimestre sera le premier à intégrer pleinement le droit de 3 €, et un frais de traitement de 2 € par colis doit encore s'y ajouter à partir du 1er novembre. Ces résultats rejoignent ce que montraient déjà les mesures d'audience, avec une chute de fréquentation de Shein, Temu et AliExpress dès juillet.
Ce que ça change si vous vendez des produits sourcés en Chine
Il serait tentant d'y voir une bonne nouvelle pure et simple pour les vendeurs français. C'est plus nuancé. Oui, la pression tarifaire des plateformes chinoises à très bas prix se desserre un peu, et l'écart de prix avec un vendeur marketplace ou une boutique Shopify se réduit. Mais les mêmes règles s'appliquent à vous : si vous expédiez vos commandes une par une depuis la Chine vers des clients européens, chaque colis de moins de 150 € est concerné par ce droit.
La vraie leçon des chiffres de Shein, c'est que le prix de revient d'un produit importé ne se limite plus au prix usine et au transport. Il faut intégrer les droits et frais par colis dès le calcul de votre prix de vente, et réfléchir à la composition de vos envois. Si vous voulez voir comment nous organisons concrètement les flux pour les vendeurs marketplace et pour les boutiques Shopify, la page travailler avec nous détaille les deux modèles.
À retenir
Shein a perdu près de 14 % de ses ventes européennes en un trimestre, alors que le droit de 3 € n'était pas encore en vigueur. L'impact réel du droit se verra dans les résultats du trimestre suivant. Pour les vendeurs qui sourcent en Chine, c'est le signal qu'un produit vendu à très bas prix en colis unitaire devient structurellement plus coûteux à livrer en Europe, pour tout le monde, pas seulement pour les géants chinois.



