Le 10 septembre 2026, les rebelles houthis ont pris le contrôle de Moka, un port historique sur la côte yéménite de la mer Rouge. Le lendemain, leurs forces ont atteint Dhubab, une localité située directement sur le détroit de Bab el-Mandeb, confirmée par deux sources gouvernementales yéménites. C'est la première fois depuis le début de la crise en mer Rouge que les Houthis contrôlent physiquement un tronçon entier de cette côte stratégique.
Pour qui envoie ou reçoit des marchandises entre la Chine et l'Europe par voie maritime, ce détroit n'est pas un détail géographique. C'est le passage obligé entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, donc entre le canal de Suez et l'océan Indien.
Un couloir large de 29 kilomètres, sous surveillance
Bab el-Mandeb ne mesure qu'environ 29 kilomètres à son point le plus étroit. Le gouvernement britannique a réagi en avertissant que l'avancée des Houthis vers Bab el-Mandeb ne fera qu'accroître les risques pour le transport maritime international, la sécurité maritime et le commerce mondial à travers ce point de passage critique.
Cette déclaration s'inscrit dans un contexte déjà tendu : ce développement est décrit par plusieurs médias internationaux comme l'évolution régionale la plus significative depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran en février 2026.
Le trafic maritime n'a pas encore chuté
À ce stade, les chiffres ne montrent pas d'arrêt du trafic : 26 navires marchands ont transité par le détroit le 10 septembre, un volume proche de la moyenne des dix jours précédents, autour de 27 navires par jour. Autrement dit, la prise de Moka n'a pas, pour l'instant, provoqué de fuite massive des armateurs.
Mais l'histoire récente incite à la prudence. Entre 2023 et 2025, les attaques houthies contre des porte-conteneurs avaient poussé la plupart des grands armateurs à dérouter leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, ce qui avait allongé les trajets Asie-Europe de plusieurs jours et fait grimper les coûts de transport.
Le retour au canal de Suez, à peine amorcé, remis en question
Le sujet est d'autant plus sensible que plusieurs compagnies avaient commencé, prudemment, à faire revenir une partie de leurs navires par le canal de Suez ces derniers mois, comme on le racontait dans notre article sur le retour du trafic à Suez. Ce mouvement restait fragile et partiel : une nouvelle escalade au niveau du détroit peut suffire à le stopper net.
Les taux de fret Chine-Europe, qui s'étaient plutôt stabilisés début septembre selon l'indice Drewry (voir notre suivi des taux de fret maritime), sont précisément le type d'indicateur à surveiller dans les prochaines semaines si la situation se durcit.
Ce que ça changerait concrètement
Si les armateurs reprennent massivement la route du cap de Bonne-Espérance, deux effets se répercutent en général sur les vendeurs qui importent de Chine : des délais de transit maritime plus longs, et des surcharges qui apparaissent sur les cotations dans les semaines qui suivent. Les facteurs qui font varier le prix d'un envoi sont détaillés sur notre page tarifs et transport.
Pour l'instant, aucune compagnie maritime majeure n'a annoncé publiquement de nouveau déroutement lié à la prise de Moka. La situation évolue vite, nous suivrons les annonces des armateurs dans les prochains jours.
En résumé
Les Houthis contrôlent depuis le 11 septembre l'accès au détroit de Bab el-Mandeb côté yéménite, sans que le trafic maritime n'ait encore chuté. Mais le précédent 2023-2025 montre qu'un basculement peut être rapide. Si vous avez des commandes en cours par voie maritime, gardez un œil sur le suivi de vos colis dans les prochaines semaines.
