Depuis que les droits de douane américains sur les produits chinois se sont durcis, une question technique agite les économistes du commerce international : la hausse des importations européennes en provenance de Chine reflète-t-elle une vraie croissance de la demande, ou une partie du flux initialement destiné aux États-Unis se redirige-t-elle simplement vers l'Europe pour contourner les taxes américaines ? Le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, le CEPII, institut de recherche économique public français, a publié une étude qui apporte des éléments de réponse concrets.
Une redirection réelle, mais très concentrée
Dans sa Lettre du CEPII n°466, publiée en mai 2026, l'institut s'appuie notamment sur les enseignements de la guerre commerciale de 2018-2019 pour analyser les tensions actuelles. Sa conclusion : il existe bien un phénomène de redirection des exportations chinoises vers l'Union européenne, mais il ne touche pas tous les secteurs de la même façon. Il se concentre au contraire sur un nombre restreint de catégories de produits, ce qui justifie, selon les chercheurs, une vigilance accrue des autorités européennes sur ces catégories précises plutôt qu'un contrôle uniforme.
Les petits colis et les téléphones en tête de liste
Le chiffre le plus marquant de l'étude : les petits colis et les téléphones portables représentent à eux seuls plus de 80 % des produits identifiés comme redirigés vers l'Union européenne. Une analyse complémentaire, publiée en juin 2026 par le site d'éducation financière La Finance pour Tous et qui reprend directement les travaux du CEPII, précise que 223 catégories de produits sont concernées, que les petits colis e-commerce (vêtements et accessoires vendus notamment via des plateformes comme Temu ou Shein) représentent déjà plus de 5 % des exportations chinoises vers l'UE, et que les importations européennes sur les produits concernés ont augmenté de 13 % de plus que sur les produits non touchés par les droits de douane américains, dans les six mois suivant leur entrée en vigueur. Les transformateurs et moteurs électriques, liés à la transition énergétique européenne, figurent aussi parmi les catégories en forte hausse.
Un lien direct avec la pression déjà mise sur les petits colis
Ce constat s'ajoute à un contexte déjà tendu pour les petits colis en provenance de Chine, entre le droit de douane forfaitaire de 3 € par article entré en vigueur cet été et l'effondrement d'audience observé chez Shein, Temu et AliExpress qui en a résulté. Si une partie du volume redirigé depuis les États-Unis vient grossir un flux de petits colis déjà sous surveillance réglementaire côté européen, la pression sur ce segment n'a pas fini de s'accentuer, aussi bien sur le plan douanier que sur celui de la conformité produit.
Pourquoi ça concerne aussi le sourcing sérieux
Pour un vendeur qui sourcerait déjà en direct auprès d'usines identifiées, plutôt que via des plateformes de vente directe à bas coût, ce mouvement de fond ne change rien à son activité. Il rappelle en revanche pourquoi la traçabilité de la marchandise et la clarté sur l'origine des produits gagnent en importance à mesure que les volumes de petits colis en provenance de Chine restent élevés en Europe, quelle qu'en soit la cause. Passer par un intermédiaire qui documente chaque commande, plutôt que par un flux anonyme de colis individuels, reste la meilleure protection face à un contrôle douanier renforcé.


