Le 16 septembre, on écrivait ici que Maersk et Hapag-Lloyd venaient de reprogrammer quatre services de plus par le canal de Suez, un signe que le pire de la crise de la mer Rouge semblait derrière les armateurs. Deux jours plus tard, la situation sur le terrain raconte une autre histoire : depuis le 3 septembre, les combats entre les Houthis et les forces loyalistes au Yémen se sont intensifiés près du détroit de Bab el-Mandeb, au point d'être qualifiés par plusieurs observateurs de plus violents depuis la trêve de 2022.
Pour qui importe depuis la Chine et suit de près le fret maritime, ce n'est pas un simple bruit de fond géopolitique : Bab el-Mandeb est le verrou par lequel doit passer tout porte-conteneurs qui emprunte Suez plutôt que le cap de Bonne-Espérance.
Une offensive sans précédent depuis la trêve de 2022
Selon l'Agence France-Presse, plus de 120 combattants des deux camps ont été tués depuis le début de cette nouvelle offensive. Les forces houthies affirment avoir pris Jabal Numan, une hauteur stratégique qui surplombe plusieurs axes de ravitaillement, avec pour objectif déclaré de couper la route qui relie Taëz à Moka. Ces combats se déroulent à terre, mais leur zone d'action longe directement la côte qui donne sur le détroit.
Le Qatar alerte sur un risque de fermeture
Le 15 septembre, le ministère qatari des Affaires étrangères est sorti de sa réserve habituelle sur ce sujet. Son directeur des médias, Ibrahim Al Hashmi, a déclaré que la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb aurait des conséquences catastrophiques pour l'économie mondiale, ajoutant que le monde souffre déjà de la fermeture du détroit d'Ormuz et qu'on ne peut pas ajouter Bab el-Mandeb à cette équation.
Les chiffres cités à cette occasion donnent la mesure de l'enjeu : 5,4 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par ce détroit large de seulement 29 kilomètres à son point le plus étroit, un trafic en hausse de 46 % depuis début 2025. Avec le détroit d'Ormuz, ces deux points de passage concentrent à eux seuls 42 % des exportations mondiales de pétrole, sur les mêmes routes que celles empruntées par le trafic conteneurisé Asie-Europe.
Un timing qui complique toute planification
C'est ce qui rend la situation actuelle particulièrement inconfortable pour qui doit planifier ses expéditions : les armateurs qui recommençaient tout juste à faire repasser leurs navires par Suez le font sur la base d'un pari de stabilité qui vient d'être sérieusement écorné. On rappelle que ce sont les Houthis qui avaient pris le contrôle de la côte yéménite début septembre, posant déjà la question du retour à la normale sur cette route.
À l'heure où cet article est publié, aucun armateur n'a annoncé de nouveau détournement massif vers le cap de Bonne-Espérance. Mais l'expérience des deux dernières années a montré à quelle vitesse ce genre de décision peut être prise, souvent en quelques jours, dès qu'un navire est directement visé.
Ce que ça change concrètement si vous importez de Chine
Pour un vendeur qui fait fabriquer en Chine et expédie par voie maritime, l'enseignement pratique reste le même que depuis deux ans : ne pas construire son calendrier commercial sur l'hypothèse d'un délai de transit maritime figé. Un nouveau détournement vers le Cap ajouterait autour de 10 à 15 jours de transit et renchérirait mécaniquement les taux de fret sur l'Asie-Europe.
C'est justement pour absorber ce genre d'aléa que les délais annoncés côté marketplace (2 à 3 jours de réception en entrepôt à Shenzhen, puis 8 à 10 jours d'expédition internationale) intègrent une marge de sécurité, et que le suivi de colis permet de réagir dès qu'un retard se dessine plutôt que de le découvrir à l'arrivée. Si vous sourcez encore en direct sans intermédiaire sur place, c'est aussi le genre de situation où passer par un agent basé à Shenzhen fait la différence, ne serait-ce que pour avoir une information de première main sur l'état réel des expéditions en cours.
On suit la situation de près : si un armateur majeur annonce un nouveau détournement vers le cap de Bonne-Espérance, ce sera la nouvelle prioritaire du prochain point d'actualité sur ce blog.
